Le soleil était au zénith lorsque Ian jeta ses outils au sol. La cloche venait de retentir et ce fut avec soulagement qu'il acceuilla l'heure du déjeuner. Il chassa d'un revers de main la sueur qui perlait à son front. La chaleur était étouffante et il trimait sous la canicule depuis cinq heure du matin. Maintenant que les jours rallongeaient, il se levait plus tôt pour pouvoir terminer son travail en avance.
Après avoir bu quelques gorgées d'eau dans sa gourde, il la reboucha et la jeta au pied de l'arbre, puis rejoignit le petit paddock délimité par des cordes rejoignant plusieurs arbres et formant ainsi un espace tranquille pour les chevaux des travailleurs. Ce fut avec un sourire qu'il regarda son étalon hennir puis venir vers lui au petit trop pour accueillir son maître, mais qui avec le temps, est devenu un ami fidèle. Trop fatigué pour seller son cheval, il laissa sa selle au pied de l'arbre et rentra a cru. Son père la lui ramènera ce soir. De toute façon, il se trouvait à moins de 500m de sa maison familiale. Ainsi, il ne lui fallu pas moins d'une minute pour arriver chez lui.
« C'est stupide d'aller au travail à cheval puisque tu aurais aussi vite fait d'y aller à pied !! » lui assénait souvent sa mère.
- Oui mais c'est toujours un bonheur de passer quelques secondes à cheval après une journée de travail acharné... »
Il répondait toujours sur un ton où se sentait la rancoeur. Mais sa mère ni était pour rien s'il devait bosser de l'aube jusqu'au coucher du soleil pour manger à sa faim et nourrir toute la famille. Heureusement, depuis un petit moment, il avait réussi à trouver un emploi dans une maison d'art comme artiste peintre un jour par semaine. Un peintre reconnu avait lancé une galerie que Ian attendait avec impatience : il adoré ses ½uvres ! Aussi, lorsqu'il découvrit ces chefs-d'½uvre et qu'il resta à les observer pendant des heures, l'Artiste en question fut interloqué par ce personnage bien fait de sa personne qui semblait comprendre ses ½uvres que tout le monde trouvait incompréhensible... Plusieurs jours plus tard, Ian reçu une convocation dans l'une des plus grandes Maison d'Art du comté. Ian était doué en Art, c'était incontestable. Il était incollable et avait une culture artistique qui s'étalait sur plus d'un siècle. Etonnant pour un paysan pure souche qui a quitté l'école à l'âge de dix ans pour venir travailler avec son père. Il faut dire qu'à l'âge de dix ans, Ian avait acquis cette passion de son grand-père, qui vendait ses oeuvres pour gagner sa vie. Ian se plantait au milieu de la petite rue et criait à plein poumons pour appater les potentiels clients. Aussi son Idole ne fut pas surprit de constater qu'en plus d'être passionné, il était un dessinateur exceptionnel. Ian aimait dessiner mais il ne lui était jamais venu à l'idée d'entamer une carrière d'artiste. Peut-être fusse par respect pour les Grands maîtres de l'Art. Mais l'idée d'avoir une pait supplémentaire lui fit aussitôt accepter l'emploi à mi-temps. Il pouvait à présent relâcher un peu dans la semaine et gagner de quoi nourrir sa famille. De plus, il adorait son second travail, où il pouvait laisser parler son c½ur et son imagination.
Le repas terminé, il passa dans sa chambre se changer. Il n'en pouvait plus de cette chaleur suffocante ! Et puis sa chambre était son havre de paix : aucun son ne venait entraver son repos puisque qu'elle était la seule pièce habitée à l'étage. L'étage lui était entièrement réservé. Sa chambre se situé au bout du couloir, la chambre attenante était une chambre d'amis, elle-même contigüe entre la chambre d'Ian et une autre pièce : l'antichambre de Ian. Il avait installé un bureau, un chevalet, une bibliothèque et lorsqu'il avait un moment de solitude, il y venait pour se détendre, soit en lisant un bon livre, soit en peignant un travail en retard. En face de sa chambre se situait une autre chambre, plus grande encore que la sienne, et une salle de bain. Le salon, la cuisine, et les six autres chambres se situaient au rez-de-chaussé. Ainsi ses parents et ses cinq s½urs, toutes plus âgées que lui, ne risquaient pas de le déranger.
C 'est avec un visible effort qu'il prit un soin pour sa tenue. Son père allait continuer le travail qu'il avait effectué le matin même, alors que Ian devait aller aider un villageois à transporter sa récolte fructueuse. Ian détestait aller chez Joe sans son père. Une raison valable à cette réticence : Lindsey, la fille de Joe, qui trouvait Ian à son goût et qui le lui faisait comprendre à chaque fois qu'elle se retrouvait seule avec lui. Le seul problème est que Ian ne l'aime pas. Il n'aime pas les femmes en général. Ou plutôt, il n'a pas encore accepté l'idée qu'il devait panser à se marier pour assurer sa descendance et pour qu'on s'occupe de lui.
Ian arriva aux environs de 14h au petit cottage de Joe. Depuis la mort de sa femme, ce-dernier doit s'occuper de la maison et des récoltes, si bien que l'aide d'Ian pour les récoltes lui rendait bien des services.
Ian fut surpris de voir des courbes purement féminines se profiler devant le grand portail au lieu de la masse puissante de Joe. Il soupira de désespoir en reconnaissant Lindsey au loin. Qui d'autre pouvait s'aguicher de telle manière avec des robes aussi courtes que décoltées ? Cela en devenait indécent pour une femme aussi jeune. Mais Ian avait cessé de chercher à la comprendre depuis longtemps déjà.
-Bonjour Mlle Lindsey. Votre père est absent ?
-Oui, il y a une foire aux bêtes à Perwapes et Papa à dû partir tôt ce matin.
-Bon. Tant pis. Vous a t-il laisser un message pour moi ?
-Non, rien de particulier.
Sans plus attendre, Ian emmena sa vielle charrette jusqu'à l'entrepôt où Joe stockait son foin pour l'hiver. Aussi ne fut-il pas surpris de voir Lindsey s'incruster près de la charrette et le coller tout l'après-midi pour lui raconter tous les commérages du coin. Ainsi le boulanger est cocu par le boucher ? Aaa...très surprenant. Une voisine aurait perdu son matou ? Hooo... la pauvre. Max trainerait beaucoup avec une femme plus jeune que lui ces derniers temps. Mon Dieu...quelle honte.
Ian se demandait comment Lindsey pouvait être aussi commère...
« Si elle est comme ça à 21 ans, qu'est-ce que ce sera à 80 ? »
Surtout que le boulanger trompait sa femme de son côté déjà depuis bien des années, que cette voisine battait son chat lorsque celui-ci osait trainer dans la maison, si bien que la pauvre bête à dû en avoir marre de voir le visage ridé de sa maîtresse et prendre la poudre d'escampette, et que Max recevait en ce moment la visite de sa jeune s½ur qui fait ses études en Amérique. Mais tout ça, seul Ian le savait. Ian savait tout parce qu'il connaît tout le monde. Il passe ses journées à bosser pour les autres alors il est devenu en quelque sorte le confident du village. Village qui se situe en pleine campagne à la frontière franco-espagnole et qui compte pas moins de 3000 villageois.
Ian était tout à ses pensées lorsqu'il remarqua que le soleil se retirait derrière les grands arbres épineux. Il installa une grande bâche sur les ballots de foins qu'il n'a pas eu le temps de mettre à l'abri puis rangea ses outils. Il exaspérait déjà tout en se dirigeant vers le cottage. Lindsey lui lança son plus beau sourire en voyant Ian pénétrer dans le petit salon péruvien. Elle se leva et se dirigea vers le grand buffet pour y prendre l'argent que son père avait mis de côté pour Ian. Argent en main, elle s'approcha de lui, resté au seuil de salon, puis lui tendit une petite liasse de billets en lui lançant un « merci pour tout ». Ian attrapa les billets mais y rencontra une certaine résistance. Par jeu, Lindsey ne lâchait pas les billets. Elle se rapprocha lentement d'Ian. Elle était maintenant près de lui. Trop près de lui ...
« Ca recommence ! A chaque fois c'est pareil !! »
Lindsey leva la tête vers celle du jeune homme et plongea son regard dans le sien. Tout en le regardant, elle lui tendit les lèvres. Ian chercha en panique une issue.
-Très joli votre nouveau rouge à lèvres, Lindsey.
Devenue cramoisie, la jeune femme recula.
-Hum. Euh...merci. A demain ?
C'était plus une affirmation qu'une question.
-Oui...euh non ! Enfin je ne sais pas. Je n'ai pas encore planifié ma journée de demain.
-Bon. A demain alors. » lui susurra t-elle.
Ian quitta la maison pour rejoindre « son carrosse » où l'attendait son fidèl compagnon en train de brouter les belles orchidées des parterres de fleurs. Ian ne chercha pas à l'en empêcher. L'assurance de Lindsey l'avait mis dans une rage folle.